Les petites Marguerites

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Notre mission

L'association a pour mission de mener des actions sur le plan social relatives aux violences conjugales et aux victimes de ces dernières. Une attention toute particulière sera portée aux cas des personnes qui finissent par se suicider du fait de ces violences.

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À la mémoire de Bertille
NOTRE HISTOIRE

« Au nom de ma fille »

Anatomie d'un drame annoncé

J'ai appris le décès de ma fille, par un appel téléphonique du commissariat du 15ème arrondissement de Paris. Le 13 juillet 2024 à 9h, un appel laconique « vous êtes bien la maman de Bertille ? vous êtes toute seule ? Je peux vous parler ? Vous voulez appeler quelqu'un ? Votre fille est décédée le 10 juillet 2024, elle s'est défenestrée et son corps a été transporté à l'institut médico légal de Paris. Nous n'avons pas besoin de vous auditionner, vous étiez sans nouvelle de votre fille depuis 13 ans, nous n'avons pas besoin de votre parole. Au revoir Madame. »

Malgré mon insistance, aucune enquête ne sera menée, aucune expertise ne sera faite sur le téléphone ou autre, j'apprendrais plus tard que ce dernier a été remis à son ex-mari, aucune autopsie, alors qu'elle venait de se jeter dans la cour de son immeuble. Elle avait 43 ans.

La terre s'ouvre sous mes pieds.

Je ne voyais plus ma fille depuis janvier 2011. Jusqu'à cette date nous avions une très belle relation que je souhaite à toutes les mamans. Nous étions complices, nous avions toujours quelque chose à nous dire et elle se confiait souvent à moi. Elle était ma fille cadette et je l'aimais de tout mon cœur.

Durant l'été 2010, comme tous les étés elle a passé quelques jours de vacances chez moi. À l'époque elle vivait une relation très heureuse avec son compagnon. J'ai senti rapidement qu'elle avait des choses à me dire. Après quelques banalités, elle m'a confié avoir croisé lors d'une soirée parisienne un homme bizarre, un peu louche. Elle me le décrivait comme un homme très assuré l'abordant avec beaucoup d'aplomb. Il la trouve belle, elle est flattée. Il connaît déjà leur avenir « ils seront mariés dans trois mois ». Tout en poursuivant cette nuit d'été, j'ai senti que son visage s'assombrissait, elle a fini par me dire qu'il lui faisait peur et qu'elle souhaitait rejoindre son compagnon.

Je n'ai pas senti le danger tout de suite.

J'apprendrai quelques semaines plus tard qu'elle a quitté son compagnon et qu'elle s'installe avec cet homme. Elle a presque 30 ans et reste responsable de ses choix. Elle sera absente à Noël « je ne peux pas le laisser seul ».

Nous mettrons cette première absence au profit de l'amour.

Tout va aller très vite. À l'occasion d'un week-end il me sera présenté. J'ai rapidement déchanté. Il va poser ses règles, en me tutoyant, sans me quitter du regard. Rapidement, il connaît déjà tout de notre famille. Ils vont se marier 3 mois plus tard et elle est enceinte. Tout est déjà bien orchestré, je n'aurai que très peu d'échange avec ma fille, insidieusement le silence va s'installer, ils vont se marier. Et malgré de nombreuses tentatives, je ne la reverrai plus jamais…

Elle a aussi rompu tout contact avec ses amis·es qui eux aussi restent sidérés par ce changement brutal.

Le 18 février 2013, je recevrai un email très bref m'informant de la naissance de leur enfant, sans aucun autre échange.

Le 13 juillet 2024, c'est un autre combat qui m'attend. Je vais commencer mes recherches seule. Elle était divorcée depuis 2021. J'apprendrai par l'agence funéraire du quai de la Rapée à Paris que l'on s'oppose à me transmettre les informations concernant les obsèques de ma fille, contre toute attente ce service refuse tout contact malgré mon insistance et celle de mon avocat qui me représente désormais.

Le corps de ma fille reposera dans ces lieux du 10 juillet 2024, jour de son décès, au 3 septembre 2024. Le 3 septembre 2024, nous recevrons du service funéraire un message lapidaire nous informant que la crémation du corps de ma fille s'est faite le 2 septembre 2024. Ses cendres ont été dispersées dans le carré des indigents. Sans que je puisse me recueillir.

J'apprendrai en lisant le PV que ma fille vivait recluse, ne se nourrissant que d'eau et de spiruline. Le jour de son décès, elle pesait 40 kg pour 1,75 m et souffrait sans doute d'une grave anorexie.

Si vous vous reconnaissez dans ce récit, vous n'êtes pas seule.

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